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Extraits de journal


Attention! Les photos n'ont parfois rien à voir avec les textes...

Pahar Ganj

 

 

Delhi

L’aéroport de Dehli nous accueille dans une chaleur dormante et humide. Dans le hall des douanes, un nuage de fumée, quelques comptoirs sommaires tapissés d’un papier peint vieux et moche. Quelques employés désoeuvrés s’appliquent à quelque futilité. Un uniforme fait le pied de grue, le dos tourné au portique du détecteur de métaux. Un autre a le rôle très important de faire signe aux voyageurs d’avancer avec la file d’attente. Quelques formalités, et puis c’est la recherche des sacs.
J’ai de la chance, le mien arrive assez vite. Nous discutons avec quelques routards sur le départ, puis attendons encore que la ceinture régurgite le sac de Phil. Et nous attendons. Et cherchons parmi les sacs sans propriétaire sur les côtés de la ceinture. Rien.
Une dame nous aide puis nous amène au bureau des bagages perdus où Phil rempli quelques formulaires, qu’il faut faire tamponner de l’autre côté de la salle, puis remettre au premier bureau.
L’employé nous explique en anglais-indien qu’il faut le rappeler vers dix heures du matin. Il est huit heures du matin. Cela fait plus d’une heure que nous sommes en sol indien.

Après quelques hésitations, nous franchissons les portes de l’aéroport. Une chaleur humide et poussiéreuse nous accueille, ainsi que quelques taxis qui nous observent et paraissent prêts à nous bondir dessus.
Nous embarquons, direction Connaught Place, mais sans adresse précise.
C’est notre première erreur. Les rues sont presque vides.

(...)

Le taxi nous pose quelque part su Connaught Place qui s’avère être un gros chantier pour le futur métro. Et nous commençons à marcher. Une première personne nous aborde pour nous indiquer où se trouve l’office du tourisme. Nous le suivons, réticents. C’est en effet une arnaque. Le bureau en question est vide, seul un autre touriste hébété occupe le bureau où l’on veut nous faire monter. Nous ressortons aussi sec. Mais nous sommes une proie facile, avec mon sac et nos faces de blancs. Suit alors une danse étouffante de locaux qui nous abordent et essaient de nous amener à des bureaux fictifs d’information touristique. Nous finissons par fuir dans l’autre sens, accoster des visages pâles un peu perdus puis sauter dans un rickshaw et demander au chauffeur de nous amener à un hôtel choisi au hasard et à la hâte dans le guide. En insistant bien, nous arrivons enfin au Namaskar hôtel. Qui, vu l’heure matinale, n’a pas encore de chambre à notre disposition.

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Hanuman Temple

Shimla

Le train qui relie Kalka à Simla me fait penser au petit train des Cévennes : petit, lent, il parcourt une route sinueuse. Les paysages sont magnifiques. Des temps en temps, le train s’immobilise ou s’arrête dans une gare. On croisera même un train qui descend, plein d’indiens aussi noirs que joyeux. Ils s’agglutinent aux portes et aux fenêtres de leurs wagons pour qu’on les prenne en photo. Aussi quelques arrêts pour grignoter.
Au fur et à mesure que l’on grimpe dans la montagne, l’air parait moins lourd et moins moite. Il fait moins chaud. Je revis. La lourdeur étouffante de Delhi est derrière nous. Nous arrivons à Simla avec la nuit dans le caquètement des rabatteurs qui attendent la dernière fournée de touristes avant de rentrer chez eux, et nous nous posons au premier hôtel conseillé par le guide. C’est plutôt sale, le cumulus à une drôle de tête et l’eau est coupée à dix-sept heures. Et la fatigue et la faim aidant peut être, le contraste avec Delhi et énorme : il fait un froid de canard !

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Bhekhli Temple

Kullu

Kullu est ville morte, rien n’est ouvert et il n’y a rien à faire. Fabrice et moi décidons de nous aventurer dans les montagnes, à la recherche d’un temple Hindou. C’est d’abord la pluie qui nous accueille et puis nous laisse partir. Après quelques détours de marche tranquille, Phil nous rejoint. Une montée sévère et nous arrivons au village que nous cherchions. La montagne est verte, raide, étagée. En passant, nous effrayons quelques oiseaux d’un drôle de bleu et à la queue longue. Après quelques maisons, fermes, bottes de foin, buissons d’œillets –d’inde évidemment- jaune éclatant, nous arrivons au temple. La façade de bois est partiellement sculptée, du dieu à tête d’éléphant, Ganesh. Dans une cour de marbre blanc, il faut se déchausser, et devant une des colonnes du temple, une statue de lion répand ses couleurs vives et brillantes. Phil et moi entrons dans l’antre du temple. Dans l’axe de la porte, une alcôve assez basse contient des icônes et des statuettes embrumées d’encens. Un prêtre est agenouillé derrière un petit pot et quelques fleurs. Phil et ensuite moi nous agenouillons devant lui. Il étale sur nos fronts avec le pouce un peu un peu de la pâte rouge qu’il garde dans le pot, offre quelques pétales et une cuillérée d’eau.

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Dhungri Temple

Manali

Le Green Hotel à une jolie vue sur les montagnes, et entre chaque étage, une petite terrasse abritée, deux tables basses et quelques chaises. Et Xavier, de Montpellier (le monde est petit), qui débarque juste de Delhi. C’est le quatrième joueur qu’il nous manquait, les parties de belote et de coinche peuvent commencer ! Mais avant ça, le cuisinier nous amène des tchaes, juste ce qu’il nous fallait pour nous réchauffer et nous remettre du trajet ! Puis petit tour en ville, opération bouffe et puis on rentre, plutôt mouillés. Et c’est parti pour la coinche !

(...)

Tout est calme. Le bruit de la pluie s’est tu et rien ne bouge. Le courant d’air qui s’immisce sous la porte est gelé. J’aventure le bras hors du duvet et des couvertures pour soulever le rideau au dessus de ma tête. A l’extérieur, tout semble immobile… et blanc. La température à l’intérieur de la chambre et plutôt basse. Si je sors le nez du duvet souffle, c’est un nuage de buée. Rien de mieux pour me persuader que c’est le moment idéal pour rester sous les couvertures.

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Manikaran

 

Bus et bouc

Manikaran

Deux heures de trajet pour une trentaine de kilomètres… Et le bus s’immobilise au bord de la route. Nous descendons les bagages du bus. Il y a quelques pierres et un ou deux sentiers plutôt boueux qui descendent vers un pont moitié béton, moitié fer. Quelques échoppes et dhabas encadrent un petit carré de terre battue. Quelques taxis et bus campent aussi là. Nous descendons le sentier un peu raide les sacs sur le dos puis le petit groupe se dirige vers l’unique rue du village, de l’autre côté du pont. La rue elle-même n’est pas pavée. A certains endroits, quelques cailloux tapissent la boue. Au milieu de la rue, un café avec terrasse.

(...)

Nous retrouvons nos indiens le soir, chez eux. Ils sont à Manikaran pour un mois seulement et logent dans un grenier, tout en une seule pièce. On y accède de l’extérieur. De chaque côté de la porte, un lit qui ressemble à un lit de camp. Plutôt qu’un matelas, ce sont des bandes qui se croisent. Il y en a un pour les parents, un pour les enfants. On nous fait nous asseoir sur un des deux lits. Phil et les indiens commencent à discuter, ou plutôt à essayer de communiquer. Ils sont curieux et la barrière de la langue est assez dure à surpasser. Mais la rencontre est unique. La mère décide de me déguiser en indienne. Elle sort le bâton de rouge à lèvre, me peint une ligne en plein milieu du front, me passe ses boucles d’oreilles (une ligne de perles fait le tour de l’oreille par le haut, très joli, petits tintement à chaque mouvement de la tête). Elle m’attache son châle sur la tête de deux façons différentes. Et la touche finale : le rouge aux lèvres et point au milieu du front, entre les deux yeux. La transformation est complète. On me passe un miroir et c’est à peine si je me reconnais. Dans le miroir une femme avec un large sourire et des étoiles dans les yeux guette son reflet dans la glace. Femmes du monde, femme dans tous les mondes… Quelle différence y a-t-il entre tous nos peuples ?

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Le lac de Rewalsar

Mandi

Le voyage jusqu’à Mandi est assez long mais on arrive enfin dans l’après-midi. Et décidons de faire étape là, plutôt que de partir tout de suite sur Rewalsar. On se paie le luxe d’un bon hôtel de style colonial, le Raj Mahal (je crois). C’est la première fois que l’on a droit à une serviette et à une savonnette chacun et aussi, merveille des merveilles, à un petit rouleau de papier toilette.

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Rewalsar

Une fois débarrassés des sacs, nous allons faire le tour du lac. Un pèlerin nous intercepte et nous fait comprendre que nous ne sommes pas sur la bonne voie : il faut tourner autour du lac dans le sens des aiguilles d’une montre. Le lac est peuplé de poissons repus, les arbres sont chargés de drapeaux à prières jaunes, rouges, verts, bleus, blancs qui flottent dans le vent. Un sentiment de paix s’en dégage.

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Sur la route

C’est bientôt Palampur. Nous cherchons des yeux les champs de thé, et découvrons en contrebas des rangées d’arbustes verts et très soignés. Si ça n’avait pas été vendredi et que les plantations avaient été ouvertes, on se serait arrêtés, en vue de dégustations… Au lieu de ça, nous sautons dans un autre bus. En fait, on se fait escorter, pour être plus précis. Un groupe de jeune tibétains nous guide jusqu’au bon bus, porte nos sacs, les déposent dans le bus et l’on nous offrent les meilleures places, derrière le chauffeur, là où il y a de la place pour mettre les jambes.

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Tibetan Children Village, festival.

 

 

Sâdhû?

Mac Leod Ganj

Réveil un peu plus tardif qu’il n’aurait fallu pour rencontrer, ou plutôt apercevoir His Holiness the fourteenth Dalai Lama. Nous arrivons au complexe bouddhiste, le Tsuglagkhang Complex juste après son départ… Nous arrivons en pleine effervescence religieuse. Le temple est plein et respire au rythme de moulins à prières… Nous passons aussi devant la résidence du grand lama.

(...)

Trois petit feux de bois, des touristes agglutinés pour garder la chaleur qu’ils peuvent ; un peu de musique et une paire de filles en transe, puis une guitare surgit et l’on entre enfin dans l’intimité de la nuit. Les étoiles nous surveillent, on chante avec la guitare, on se serre, on tire à soi les couvertures que l’on peut. Quelques un rentrent, et la lune disparaît dans un petit creux de la montagne. Il est quatre heure passées quand nous rentrons enfin, bons derniers. Je me sens enfin en vacances.

(...)

Nous repartons un peu au hasard à travers cailloux et buissons… à la recherche du bon chemin ! Je me sers de la flûte comme d’un corps de chasse, comme pour dire ‘je suis là ! Vous ne m’avez pas encore perdue !’. Après quelques chemins et un soleil à son zénith, nous passons devant une petite baraque au bord du chemin. Un moine, ou lama, apparaît pour répondre au ‘Namaste’ lancé un peu au hasard par Frazer. Il nous invite à entrer dans son humble demeure : une petite maison de grosses pierres, une petite cour et une grosse fleur, deux pièces. Une cuisine très simple et la chambre qui est aussi un lieu de prière. Une photo du Dalai Lama est accrochée au mur, près des coussinets pour se prosterner, et le calme nécessaire pour se recueillir et prier.
Il nous offre un chai, le meilleur que j’aie bu jusque là, et un pain sucré. J’ai beau être la plus petite, c’est à moi que reviennent les plus grosses portions, que je partage avec la petite chienne, qui nous a suivi jusque là sans broncher. C’est exactement ce qu’il nous fallait pour récupérer des forces. Cela devait faire trois heures que nous marchions, sans trop savoir où nous allions. Mes deux compagnons font bénir leur chapelet (mandala ?), on remercie, on sourie beaucoup, on communique comme on peut et on repart. Le lama nous indique le bon chemin et, après une pente un peu raide, un nouveau ruisseau et quelques buissons, on retrouve le chemin de l’hôtel, contents de notre errance.

(...)

Un réveil un peu matinal, un tchae en solitaire, le dos au soleil, à écouter de la musique hindou tranquille et à regarder passer les gens, les chiens et les ânes chargés de sable ou de briques. Lente ascension d’un chemin inégal et inaccessible aux moteurs.

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Couple Sikh au Golden Temple

Amritsar

L’intérieur du temple s’offre alors à notre regard : marbre blanc sur tous les sols et à tous les murs, plusieurs bâtiments font le tour d’un bassin au milieu duquel le temple d’or trône, comme une île aux mille reflets. L’eau plissée sous la caresse du vent scintille. Le marbre est très agréable sous le pied. Nous suivons le mouvement pour faire le tour et découvrir les coins et recoins du complexe. Plaques commémoratives, explications, musée, temples annexes, administration, réfectoire et cuisine, logements, une salle fermée au bord du bassin dans lequel les femmes disparaissent puis reparaissent. Nous nous asseyons à l’ombre d’une arche un moment et je regarde passer les pèlerins qui déambulent. Certains hommes s’immergent ou se baignent. Les chants religieux s’échappent du temple et ne s’arrête pas. Tout paraît paisible, malgré la foule. Les couleurs des étoffes contrastent avec le blanc aveuglant du marbre.

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Cascades à côté de Rishikesh

 

 

Rajaji Park

Rishikesh

Ram Jula. Je change de chemin et emprunte la route et m’imprègne des gens et du mouvement dans les rues. Des vaches traînent dans tous les coins, quelques sâdhus peinturlurés et extravagants, vêtus d’orange, se font remarquer. Un est particulièrement extravagant. Celui-ci est drapé de jaune et rouge vifs et satinés, son visage est peint en mauve.
Je continue à descendre. Plus bas, la rue est commerçante et je croise des chariots pleins de fruits, des magasins qui se succèdent. La journée s’amorce. Des mendiants commencent leur journée. Alignés contre un mur, ils s’ébrouent doucement et s’apprêtent à demander l’aumône. Un travail à plein temps.
Je descends sur les bords du fleuve et sympathise avec une famille de touristes gujarâtî en pèlerinage (avec tout le groupe de leur usine de pierres). Je les suis de plus ou moins loin, réponds à leurs questions, et sur leur invitation répète leurs gestes : tremper les pieds et les mains dans l’eau et (faire semblant d’) en boire un gorgée. Grands sourires et petits dialogues, puis je les rends à leur groupe pour remonter doucement en direction de l’hôtel en passant par la plage.

(...)

L’ashram abandonné des Beatles. C’est la première fois que je le vois de jour. L’endroit est bien plus grand que je ne l’imaginais. Je découvre des chemins que je ne soupçonnais pas, plusieurs bâtiments, la forêt a repris ses droits. Dans des bâtisses abandonnées, il semblerait que quelques familles occupent les décombres.
Au bout d’un chemin, quelques marches et nous voilà sur un toit, au milieu d’occidentaux pleins de cheveux, de joints, de guitares et percussions, flûtes, de musique improvisée. Quelques uns sautent, d’autres arrivent à articuler une danse. Les bâtiments sont blancs, et la lumière du soleil couchant décline toutes ses couleurs sur les éclats de marbre tout autour. Le soleil saigne derrière les arbres puis se fait happer par la pollution de la ville sans pouvoir couler dans le Ganges. Je suis captivée par tout ce et ceux qui m’entourent.

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Entre Haridwar et Varanasi

Train

Une gare de plus et le train ne repart plus. On se rendort, on se réveille, on se pose beaucoup de questions et le train ne bouge toujours pas. On explore le wagon et on ne trouve pour toute compagnie que quelques occidentaux perdus, deux indiennes et un vieux monsieur très digne. On nous explique que le train en attend un autre. Deux heures et plusieurs trains plus tard, le train n’a toujours pas bougé. La nuit arrive et on approche les vingt heures de voyage. L’heure de la décision a sonné. On plie bagage pour grimper dans un autre train, un express, qui part pour Varanasi. Ce train s’ébranle alors que l’on arrive sur le quai et chacun saute dans un wagon dont la porte est encore ouverte. C’est encore mieux que les westerns !

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T'es qui toi?

 

 

Toits

 

 

Ganges ou Styx?

 

 

Offrandes ou pollution?

 

 

Oh la vache!

 

Varanasi

Varanasi, une arrivée en fanfare. On était prévenus, mais ça surprend tout de même. La nuit est déjà avancée, et l’on ne sait pas trop à quel hôtel on veut aller. Nous sommes une équipe de quatre, et je compte les rickshaw-wallah-rabatteurs qui pépient autour de nous. Au moins une quinzaine essaient de nous extorquer le double du prix de la course. C’est une bonne moyenne de quatre chacun. Vu comme ça, c’est peu. On fini par s’entasser avec nos sacs dans un seul et même rickshaw pour une course le long de grands axes avec le bruit la pollution et la foule. On est serrés comme des indiens dans un rickshaw. On enchaîne sur des rues piétonnes, tortueuses et étroites et on arrive enfin.

(...)

Bénarès. Le Ganges s’étend derrière un amas de toits ; toits plats, toits pointus, toits dans tous les sens, un peu délabrés, beaucoup délavés par le soleil. Le jour nouveau se reflète sur le fleuve, qui miroite et renvoie la brume et la pollution aux yeux de la ville. Tout est tranquille. Quelques oiseaux se promènent, le Ganges porte quelques pirogues. L’eau à peine se plisse à leur passage. Des singes se font chasser des toits à grands cris. La ville se réveille, on l’entend qui se racle la gorge et s’apprête à son concert de tous les jours.

(...)

Le ciel est sans nuages dans le lointain et la ville se noie dans la brume. Le Ganges s’y noie aussi. On dirait le styx. Les barques amènent des rangées de têtes de l’autre côté, sur une rive déserte et brumeuse. On ne voit pas le bout du fleuve. (Les ghâts crématoires déversent leurs morts dans les eaux).

(...)

La terrasse domine le Ghât crématoire, que l’on ne voit pas d’ici. A côté des corps que l’on brûle, un peu plus haut sur d’autres toits, des enfants font voler des cerfs-volants et on en entend d’autres qui jouent dans des cours, en contrebas. La mort et la vie se côtoient sans autres drames que ceux du quotidien. Les choses sont là où elles sont et, comme le Ganges, suivent leur cours.

(...)

Varanasi, la cité de folie ! Prisonnière de la vie qui grouille qui grouille ! Partout, tout le temps ; sans arrêt sans sommeil, au-delà de mes limites.
J’ai envoyé une bougie et des oeillets (d’Inde) porter mon vœux de patience et de tolérance au Ganges… Deux essentiels pour survivre ici… Je sortirai de là épuisée mais peut-être plus forte, plus sûre. Folie légère.
La ville me boit et m’absorbe j’en suis ivre j’en deviens folle ma tête n’est plus qu’un amas de fatigue et plus rien n’importe je m’enfonce dans une acceptation nonchalante du stress permanent. Rire pour ne pas stresser.

(...)

Varanasi, la folie douce, Shanti Madness !
Du monde, des vaches, des chiens, des singes, des chèvres, des morts et des enfants, des hommes, des femmes, des mendiants, des gourous, des sâdhus, des bateaux, des massages, des oeillets des bougies des couleurs des cris des bruits, des chants, de la merde plein les rues, à plein nez à plein pieds… Des oiseaux verts inséparables, des toits qui s’empilent, de la vie dans tous les sens et en plein air, du soleil et de la brume. Le meilleur et le pire concentrés sur la rive ouest du Ganges. Une ville à aimer et à détester, ville riche de misère et de foi. Des cerfs volants du bruit en continu, une ferveur dans tous les instants dans tous les lieux dans tous les gens, une ferveur naturelle qui passe inaperçue aux habitants de la ville.

BRUME. La brume lève le rideau de la nuit pour le spectacle du jour.

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Vue depuis le fort

 

 

Phil et Mél

Jodhpur

Les vendeurs de bananes ne manquent pas d’air ! Celui-là voulait me vendre une banane pour le prix de tout le régime ! Après une petite sieste tranquille, je remonte au fort pour voir le soleil qui décline. La vue porte loin, l’horizon est dégagé. J’observe quelques vautours qui circulent autour d’une proie et contrebas.

(...)

Le fort domine une mer de maisons azur, un désordre qui inonde les pieds de la muraille sans l’éclabousser ni l’atteindre. Le soleil décline et la vie pépie. Les pierres rendent la chaleur du jour qui s’adoucit. Il faudrait plonger dans le remous, se débattre puis se laisser porter par le flot de vie, remonter à la surface et revenir, peut-être, dans la fraîcheur du matin et respirer une paix limpide.

(...)

Le soir, nous décidons de nous initier aux joies de Bollywood.
Le théâtre paraît un peu grisâtre mais c’est peut-être la nuit. Il y a trois classes différentes et trois bouts de salle différents, correspondant sans doute aux différentes castes. En haut, au balcon, les meilleures places. Au milieu, avec nous, les classes moyennes, et en bas dans la fosse, les moins riches. Et, à l’entrée, autant de guichets et d’entrées.
La salle n’est pas des plus récentes, mais à l’entrée, les en cas pour grignoter avant ou pendant le film. Nous découvrons une vieille version remasterisée d’un classique, probablement l’ancêtre des bollywoods actuels. Certains s’enfuient avant l’entracte. L’entracte est la très bien venue ! Le film est en Hindi non sous titré, et personne ne comprend mot !
L’entracte est pour moi de faire une rencontre émouvante dans les toilettes. Une famille me sourie me sourie, me parle et je ne comprends rien donc je sourie aussi. Ils veulent m’offrir à manger, mais ce n’est pas une bonne idée, je ne suis toujours pas remise de mes expériences culinaires de Varanasi.

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Le fort

 

Chamelier, désert du Thar

 

Ombre de Phil

Jaisalmer

Jaisalmer. Dans un désert un fort énorme, des commerçants ouverts, des gens souriants. L’Inde m’a enfin apprivoisée, dans la sécheresse chaleureuse à la frontière du pays.
Babu ! Babas ! Sans frontières dans un monde qui libère. Prisonniers de liberté, sans amarres et sans port, cent ports où naviguer, cent ports où se perdre et se retrouver et retrouver tous ceux qui nous accompagnent, de loin et tout près de nous.

(...)

Encore une journée en terrasse, en musique et en découvertes culinaires, qui commence juste à côté de chez nous par du pain allemand. Nous avons rejoint Roger pour cet évènement extraordinaire : du bon pain !

Désert du Thar

Ecrire dans le sable un destin qui s’estompe derrière nos pas dans le vent qui tourne et caresse la nuque. On ne se retourne pas.
Deuxième jour dans le désert. On voyage peu, on fait beaucoup de pauses ; on profite du calme pour se reposer et s’oublier un peu.
La tête qui explose de musique, les oreilles bourdonnent de silence. Du sable, du ciel, du soleil et un repos qui hésite. La caravane se pose, quelques solitaires s’isolent au sommet d’une dune. Ils sont souverains d’un royaume intérieur, de paix nouvelle et surprise.
Chacun se retrouve, fait ce que le désert lui dicte, répond à l’appel intérieur qu’il noie de bruit et de vie depuis des lunes, des soleils, des terres et d’autres continents. La route de chacun a été longue, et peut-être ne fait-elle que commencer.
L’espace donne une nouvelle dimension. On peut le découvrir, l’observer, le conquérir, le côtoyer, rester à la caravane ou s’en évader dans un creux de sable ou sur la crête d’une vague sablée.
Le vent vient en caresse puis s’envole, me laissant immobile dans l’extase des sens.
Observer les gens et imaginer de quoi résonne leur contemplation.
Chacun s’isolait en haut de sa dune. Et pourtant après ils se retrouvent au coin du feu.
Soirée jam. Les guides et leurs touristes s’échangent des chansons et s’emmêlent de musiques. A s’échansonner toute la nuit on se fond dans les reflets du feu, flammes qui brillent éperdument jusqu’à ce que tout s’essouffle.
Les étoiles dansent dans les yeux du ciel, on observe la terre qui tourne, le jour qui s’anuite et la nuit qui s’ajourne. Du bonheur en barre.

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Marché conclu

Pushkar

Entre deux tours de lac, je me retrouve nez à nez à un autre de ces hasards de l’Inde : Roy, de Varanasi, est là ! Pour un hasard ! Autres retrouvailles, organisées celles-là : Olivier nous rejoint, avec vingt quatre heures de retard. Un petit problème de logistique. Encore une journée à glander. (...) Ô surprise ! Au beau milieu de la rue entre deux tentures qui vois-je ??? Tom, puis Efrat, à peine remises du froid et des cours de Tai Chi de Rishikesh. Ca fait plaisir ! L’alchimie se refait immédiatement.

(...)

Pushkar. Pas si moche que ça vu d’en haut de la montagne sous l’oeil tranquille du soleil couchant. Quelques baraques blanches, bleues et jaunes pâlissent entre les petits plateaux arides et les prémisses du désert ; oasis verte et éparse qui se ferme aux étendues arides du Rajasthan.

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LE Taj Mahal

Agra

On se demande si on arrivera effectivement à Agra avant le lever de soleil, ou s’il faudra troquer les reflets roses sur un Taj encore calme pour les traînées au fond de l’horizon entre les barreaux de la fenêtre et les traces de gras sur la vitre.

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Ribambelle de touristes

Fatehpur Sikri

Et quelques images éparses cueillies sur le chemin.
Le boui-boui de Fatehpur. Les femmes nous regardent depuis l’encoignure d’une porte. Les gens qui passent dans la rue font semblant de ne pas regarder les deux touristes qui les regarde passer.
Le sourire de joie simple du vendeur de fruits quand il me rend la monnaie des bananes.
Des petits instants chaleureux qui compensent la présence harcelante des chasseurs de touristes. Ca fait du bien de se retrouver en dehors des circuits à Touristes Qui Fument. C’est plus l’Inde et moins Touristland, le pays des Goris et Gora.
Le regard de la dame quand elle me rend la bouteille d’eau. Pas de mots mais le ‘merci’ transperce avec force ses yeux voilés et brillants. Elle a bu dans sa main en coupe plutôt que de s’emparer du goulot, délicate attention.
Le bus le plus petit que j’aie eu jusqu’ici, et les sièges les plus étroits, très plein, mais la tête par la fenêtre à la recherche s’images ça passe très bien, presque trop vite même.
Dire merci, dire un mot ou le laisser respirer dans un regard et dans un sourire.

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ET VOILA MEL-INDIA!

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